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Savâneh ,Intuitions des amants

June 25, 2017

Pour présenter le programme 

 

 

Savâneh 

 

Ahmad Ghazali    

 

 

L’auteur de cet ouvrage inédit que nous portons à la connaissance des lecteurs francophones est Ahmad Ghazâli. Son traité de l’amour, Savâneh1, Intuitions des amants, est le plus ancien et probablement le premier traité en persan sur l’amour. 

 

   Ce traité est considéré par les érudits iraniens et les spécialistes occidentaux comme un chef-d’œuvre de la littérature persane. Le texte a été commenté par plusieurs grands mystiques, poètes et écrivains de l’époque comme ‘Ayn-al Qodhât Hamadani, Fakhr ed-Din ‘Arâghi, Ezzed-Din Mahmoud Kâshâni, Hossein Nâgouri, et il a été la source d’inspiration de tous les grands poètes persans, Sanâ‘î, ‘Attâr, Nezâmî, Sa’adi, Hâfez et Rûmî. 

 

   Ahmad Ghazâli (1061-1126) est considéré à juste titre comme le fondateur de la religion d’amour, « Madhhab-é ‘Eshq », dans le monde iranien, et ses idées sur l’amour absolu se sont répandues à travers toutes les œuvres majeures de la littérature classique persane. Il est le disciple de l’un des plus grands mystiques musulmans d’origine iranienne, Husayn Mansûr Hallâj (857-922), et a repris sa thèse principale, qui identifie l’amour à l’essence divine, comme la base de sa métaphysique et de sa psychologie spirituelle de l’amour. Si la plupart des soufis orthodoxes considèrent l’amour comme un attribut de Dieu, Ghazâli l’identifie à Son essence. Ainsi, la Réalité absolue pour lui est l’amour. 

 

   À l’instar de Rouzbehan Baqli, de ‘Attâr et de la plupart des grands poètes et mystiques iraniens, il multiplie les citations tirées de l’œuvre de Hallâj et contribue ainsi à la survie de ce grand martyr vénéré par Louis Massignon. 

 

   L’importance de ce traité réside aussi dans le fait qu’il précède l’œuvre magistrale de l’un des plus grands philosophes et mystiques arabes, Ibn ‘Arabî (1165-1245), dont les écrits principaux sur l’amour reflètent d’une manière indirecte les influences de la religion d’amour fondée et développée par les mystiques iraniens. Les poètes et les mystiques iraniens, comme Fakhr ed-Din ‘Arâghi, ont subi à leur tour la double influence de Ghazâli et d’Ibn ‘Arabi. 

 

   Une particularité de Savâneh est son expression linguistique et littéraire. Écrit dans une langue littéraire sublime et précieuse, « une langue d’allusion »,  réparti en 77 chapitres, le Traité est un texte court, dense, riche et profond, pourtant facile à comprendre et accessible à des lecteurs non initiés aux idées mystiques, grâce à son style qui combine la prose et la poésie, une initiative sans précédent dans la tradition de la prose en Iran, et grâce aux contes et proverbes et surtout en raison d’une multitude de vers de sa propre composition ou empruntés aux autres poètes persans. Sa’adi, auteur célèbre du Jardin de roses et maître incontesté de la prose persane, a construit son œuvre selon le modèle de Savâneh en illustrant ses idées par des pièces en vers. 

 

   Un texte d’une portée métaphysique, basé sur quelques idées essentielles coraniques, qui pourtant évite d’employer des termes philosophiques et théologiques techniques et qui recourt plutôt aux histoires d’amour de Leili et Madjnoun et du sultan Mahmoud et son aimé Ayaz. Ce choix d’expression se justifie par la nature de ce récit qui est avant tout la quintessence d’une connaissance intuitive des « réalités spirituelles »  de l’amour, acquise par une expérience directe et personnelle.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le programme de la journée 25

Présentations et Lectures 

1. Présentation de l’auteur : Ahmad Ghazali

2. Présentation de l’œuvre : Savâneh 

3. Lectures en persan  (Jalal Alavinia et Fereshteh  Jame (Alavinia) et en français (vos amis / amies)

Prologue

   Ce traité, réparti en quelques chapitres, porte sur les réalités spirituelles de l’amour, quoique le récit de l’amour ne s’exprime pas en mots ni en phrases. Car ces réalités sont comme des vierges que les mots ne peuvent pas déflorer. Pourtant c’est notre tâche de marier la virginité de ces réalités et la virilité des mots dans l’intimité de la parole. Mais la phrase dans ce récit n’est qu’une allusion à des sens différents. Donc, celui qui n’a pas une expérience directe de l’amour ne pourra pas la comprendre. Deux principes procèdent de ce récit : l’allusion véhiculée par la phrase et la phrase exprimant l’allusion. Les mots substitués à une allusion sont tranchants comme la lame d’une épée, mais on ne peut pas voir la chose exprimée sauf par l’œil intérieur. Si des choses incompréhensibles sont dites dans ces chapitres, elles sont de la nature des réalités mentionnées, et Dieu est le plus savant.

   Un ami proche parmi mes plus chers frères,  m’a demandé d’écrire ce que je connais à propos de la signification de l’amour absolu en quelques chapitres, pour qu’il puisse, chaque fois qu’il souhaite et lorsqu’il ne peut pas toucher cette réalité, étudier ces chapitres et se servir de ses illustrations en vers. 

 

   J’ai satisfait sa demande et, pour être juste envers lui, j’ai rédigé quelques chapitres, sans aborder un point de vue particulier, sur les réalités, les modes et les objectifs de l’amour à condition qu’ils ne soient pas attribués au Créateur ni aux créatures. J’ai écrit ces mots pour que mon ami puisse y trouver sa consolation lorsqu’il se trouve sans recours. Même si le poète a dit :

 

Chaque médecin te prescrit un médicament,

mais seuls les mots de Leili peuvent te guérir.  

 

Quoique…

 

Si j’ai soif de l’eau de sa bouche,

je boirai du vin à sa place.

Mais le vin, comment peut-il remplacer son eau ?

Pourtant il peut soulager mon cœur souffrant !

 

 

 

4

  Lorsque l’esprit entra du néant en existence, l’amour attendait sa monture à sa porte. Je ne sais pas quelle combinaison se produisit au début : si l’esprit forma l’essence et l’amour son attribut ou si l’amour constitua l’essence et l’esprit son attribut. En tout cas, l’amour trouva la maison4 vide et il s’y installa. 

   La différence entre les objets vers lesquels l’amour s’oriente est accidentelle. Sa vérité transcende toutes les directions. Pour être amour, il n’a nul besoin de se tourner vers une certaine direction5. Pourtant, je ne sais pas vers quelle terre la main libre du Temps6 porta de l’eau. Quand un palefrenier monte la monture d’un roi, le fait qu’elle ne lui appartienne pas ne dérange personne. Notre parole ici n’est qu’une allusion. 

   Parfois, on confie une poterie à un apprenti pour qu’il se forme en maître. Parfois aussi, on lui donne une perle rare que la main habile de son maître n’ose toucher encore moins percer.7 

   Quand le caméléon du Temps fait paraître avec ses couleurs variées des images merveilleuses et trompeuses sur les visages des souffles, il n’y laisse aucune trace, car il marche sur les eaux ou plutôt dans l’air, et les souffles sont de l’air. 

5

Tantôt l’esprit est comme la terre 

pour l’arbre de l’amour. 

Tantôt il est comme une essence 

avec l’amour pour son attribut 

qui se réalise à travers lui. 

Tantôt il est comme un partenaire 

partageant la même maison que l’amour.

Tantôt l’amour devient l’essence 

et l’esprit son attribut qui subsiste grâce à lui.

 

6

Parfois, l’amour est le ciel et l’esprit la terre, 

ce que le ciel déverse sur la terre 

dépend des ordres du Temps. 

Parfois, il est la graine et l’esprit la terre 

produisant selon sa potentialité. 

Parfois, il est la pierre précieuse et l’esprit la mine, 

mais une pierre et une mine d’un autre monde. 

Parfois, il est le soleil dans le ciel de l’esprit 

et il brille comme à son gré. 

Parfois, il est une flamme dans l’air de l’esprit 

brûlant tout ce qui lui est étranger. 

Parfois, il est une selle sur la monture de l’esprit 

en attente de quiconque voudrait la monter. 

Parfois, il est les rênes dans la bouche 

de l’esprit rebelle pour qu’il se dirige 

dans la direction qu’il souhaite. 

Parfois, il est les chaînes du courroux du regard 

de l’aimé qui emprisonnent l’esprit. 

Parfois, il est le poison pur 

dans la bouche de la violence du Temps, 

qui empoisonne et tue celui qu’il choisit. 

 

7

Si l’amour ne montre jamais son visage entier, c’est parce qu’il est le faucon de la prééternité. Il est venu ici comme un voyageur dont la destination est l’éternité. Ici, il ne montre pas son visage aux yeux des mortels, car ayant été résident du monde splendide de la prééternité, il ne trouve aucun nid digne de lui. De temps en temps, il retourne à la prééternité et se cache sous son voile de majesté et de gloire. En tout cas, il n’a jamais révélé et ne révélera jamais son visage entier aux yeux du savoir. 

 

   Mais grâce à ce secret, si quelqu’un voit par hasard le mystère de sa présence, c’est parce qu’il s’est libéré des attaches et des entraves de ce monde, et ainsi de l’illusion du savoir, de la géométrie du fantasme, de la philosophie de l’imagination et de l’espionnage des sens. 

 

8

L’amour est l’oiseau et son nid, 

l’essence et ses attributs, 

l’aile et ses plumes, 

le ciel et l’envol, 

le chasseur et la chasse, 

la destination et le voyageur,  

le chercheur et l’objet recherché, 

le commencement et la fin, 

le roi et ses sujets, 

l’épée et son fourreau,  

le jardin et ses arbres, 

la branche et ses fruits, 

le nid et l’oiseau. 

 

 

 

9

 

   Maintenant que tu as appris cette vérité, sache que vaincre le fléau et la perfidie de l’aimé est comme conquérir une forteresse. Ce sont ses catapultes pour démolir la forteresse de ton existence pour que tu deviennes lui. 

 

   Quelle importance si la flèche lancée par le désir de l’aimé est celle de la perfidie ou celle de la fidélité ? Ce qui compte c’est qu’elle vise ton moi à toi. La flèche doit avoir l’œil et la cible doit être la direction du Temps. L’aimé, comment peut-Il te viser tant qu’il n’a pas centré toute son attention sur toi ? Il doit avoir une raison pour te viser et il te demande une réaction favorable. Comment peuvent-ils être inefficaces, tous ces efforts de l’aimé pour te rejoindre, alors qu’une seule flèche doit suffire ? C’est à ce propos que le poète a écrit :   

 

Tire une flèche de ton carquois vers moi,

puis lance-la de ton arc puissant !

Si tu désires une cible, voici mon cœur !

À toi de tirer fort, à moi de pousser un cri de joie !

 

10

 

   L’amour commence quand le regard de l’aimé sème la graine de la beauté sur la terre de la solitude du cœur. Sa croissance s’abreuve de l’illumination du regard. Mais elle ne sera pas toujours la même. En tout cas, on récolte le fruit de ce qu’on a semé. C’est pour cela que le poète a dit : 

 

Le regard est à l’origine de l’amour.

Dès que l’œil voit, l’affaire est conclue. 

Tant d’oiseaux se font piéger à la vue de la graine. 

Le papillon se jette au feu à la vue de la lumière. 

 

   En réalité, l’amour est la conjonction de deux cœurs. Mais l’amour de l’amant pour l’aimé est une chose et l’amour de l’aimé pour l’amant une autre. L’amour de l’amant est réel, mais l’amour de l’aimé est le reflet de celui de l’amant dans son miroir. 

 

   Puisque l’acte de regarder implique la conjonction des cœurs, l’amour de l’amant lui apporte forcément l’impuissance, l’abaissement, l’humiliation et la soumission, tandis que l’amour de l’aimé lui impose de la tyrannie, de la fierté et de la gloire. 

 

11

Lorsque l’amant voit l’aimé, il est saisi par une angoisse, car son existence est un emprunt et va dans le sens de l’anéantissement. Son existence traverse une agitation pendant que l’amant éprouve une émotion extatique jusqu’à ce qu’il s’installe en amour. C’est qu’il n’est pas encore mature. Quand il devient mature, lors de la rencontre avec l’aimé, il devient de plus en plus absent à lui-même, car quand l’amant est mature en amour et que l’amour a conquis la partie la plus profonde de son existence et que la perspective de l’union s’ouvre devant lui, son existence l’abandonne en proportion de sa maturité en amour.

 

12

 

   Le papillon amoureux du feu s’approprie son illumination à distance. Les flammes en premier rang l’accueillent bien et il s’envole vers l’amour par les ailes du désir dans l’air de la quête. En tout cas, l’envol est nécessaire juste pour atteindre le feu. Mais quand il s’approche du feu, il ne s’avance plus, c’est le feu qui s’avance vers lui. En outre, Il n’alimente plus le feu. C’est le feu qui l’alimente et ceci est un grand secret. Le papillon devient momentanément son propre bien-aimé. Ceci est un grand secret. C’est la perfection. Tout l’envol et tout le tournoiement visaient cet instant. Jusqu’à quand sera-t-il ainsi ? Nous avons déjà expliqué que la réalité de l’union est ceci, c’est-à-dire le papillon devient accidentellement « le feu » pour un instant et puis est vite chassé sous forme de cendres. Le papillon doit avoir suffisamment de provisions pour atteindre le feu. Son existence et ses attributs ne sont que la provision de ce chemin. « Tu as gâché ta vie en cultivant ta nature, mais quand atteindras-tu l’Unicité ? »

 

 

14

 

Sache que chaque membre du corps a une fonction, sinon il sera inutile. La fonction de l’œil c’est de voir. S’il n’y a pas l’acte de voir, l’œil sera inutile. La fonction de l’oreille c’est d’entendre. Sans pouvoir entendre, l’oreille serait inutile. Ainsi de suite pour les autres membres du corps. La fonction du cœur1 est de s’engager en amour. Sans amour, il serait inutile. Lorsque l’amour arrive, le cœur se met au travail. Donc, il est certain que le cœur est créé pour l’amour et qu’il ne sait pas faire autre chose.

 

   Les larmes que le cœur envoie à l’œil sont des éclaireurs de sa recherche de nouvelles de l’aimé. L’amour commence par l’acte de regarder et donc le cœur envoie ses larmes pour signaler à l’œil que, puisque ses souffrances proviennent de lui, sa nourriture aussi doit lui venir à travers lui.  

 

15

  

La racine de l’amour pousse de la prééternité. Lorsque l’on jeta la graine de l’amour divin sur la terre de la nature humaine, de l’union de ces deux naquit l’amour des créatures pour le Créateur. Quand la fleur de l’amour poussa, on trouva que le fruit avait la même couleur que la graine et celle-ci la même couleur que le fruit.

 

   Les cris de « Gloire à moi ! » et « Je suis la Vérité » sont prononcés selon le même principe, c’est-à-dire que leurs auteurs se veulent identiques à Celui qui « les aime », car le fruit a la même couleur que la graine. 

 

16

 

L’amour est une prédestination (djabr) et le libre arbitre n’a rien à faire ici. Donc, tous ses décrets sont obligatoires et le libre arbitre est exclu de l’amour et de son domaine. L’oiseau du libre arbitre ne volera pas dans son territoire. Tous ses états sont envenimés par la violence, et l’esprit de l’amant doit être le damier du dé de sa violence en attendant qu’il lance ce qu’il souhaite et ignorant ce que l’amant désire ou ne désire pas. 

 

   Le problème de l’amant est qu’il pense pouvoir exécrer sa liberté, mais quand il aura compris et appris qu’il n’a aucune liberté, sa tâche sera plus facile, car il n’essaiera plus de s’engager dans une action sur laquelle il n’a aucun pouvoir.

 

L’homme libre est le damier du dé du destin.

Il est incapable d’agir sur le chemin de son désir !

Tu es ce dé et l’image qui est dessus est la tienne !

Tu te penses fautif de ton œil d’homme libre !

 

17

 

   Les yeux de la raison sont fermés sur la perception de l’essence et de la vérité de l’esprit qui est la coquille de l’amour. Maintenant, si la raison ne peut pas accéder à la coquille, comment peut-elle atteindre la perle qu’elle contient ? Toutefois, pour répondre à la demande de ce cher ami, j’ai composé ces chapitres et ces vers. En tout cas, nous avons déjà dit que « notre parole n’est qu’une allusion », donc si quelqu’un ne la comprend pas, il est excusé, car la main des mots ne peut pas atteindre la jupe du sens. 

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